La Fabrique de l’Opinion

Billet d’humeur

Dans la France de 2014, les journalistes sont encore plus méprisés par leurs concitoyens que les politiques, d’après un récent sondage. Comme je partage pleinement ce jugement de mes compatriotes, j’ai souhaité creuser le sujet : Pourquoi tant de mépris ?

Par souci de perspective historique, ce mépris pour les journalistes est tout sauf nouveau. Aussi, je recommande au lecteur le succulent livre de Balzac sur le sujet :

Les journalistes, monographie de la presse parisienne (1843). Plus ici

Le Grand Honoré  avait fréquenté cette profession, créant même un journal, et sa description des défauts, ou plutôt des tares incurables de la presse n’a pas pris une ride. Les choses ont juste empiré depuis 1843 : le style s’est affaissé, le propos s’est ringardisé. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les harengères de BFM-TV : plus les propos sonnent creux, plus le ton devient péremptoire, et plus la voix monte dans les aigus.

A l’époque de Balzac, la presse était régulée par les saines lois de l’économie. Un journal qui sombrait dans la propagande perdait ses lecteurs et faisait faillite. Cette régulation ne fonctionne plus aujourd’hui puisque la presse écrite est massivement subventionnée en France. En conséquence, le paysage se retrouve encombré par des zombies, des morts-vivants comme Libé ou Le Monde : le microcosme parle au microcosme, avec l’argent de vos impôts. Résultat annexe, et somme toute logique, de ce circuit fermé : la nomenklatura a fini par croire à ses propres mensonges, qui lui reviennent en écho. Dans ce processus, le peuple français, avec ses sordides revendications sécuritaires et économiques, a disparu du paysage intellectuel, au grand soulagement de la nomenklatura, cette clique de bureaucrates cooptés, clique assistée dans ses méfaits par ses vassaux médiatiques, adorateurs imbéciles de l’inefficace Jean Jaurès.

Le journaliste se pense comme un acteur politique, de même que le critique d’art se pense en artiste. Au mieux, André Rieu se prend pour Mozart. Pour preuve, sur le site des journaleux d’Acrimed, l’objectif d’un festival organisé par Attac en 2005, justement appelé « La Fabrique de l’Opinion » :

L’ambition de ce festival est de contribuer à rétablir le sens de l’initiative citoyenne et de susciter le débat démocratique, première condition d’une participation à la vie politique de la cité.

Vous admirerez la formulation aussi fumeuse que grandiose de l’objectif : beau et con à la fois, comme dirait Jacques Brel. On croirait un sermon : le journaleux se rêve en prédicateur de la religion démocratique. N’ayant rien compris à l’exigence démocratique, le sermonneur enfile les absurdités. Il joue tous les rôles : procureur, greffier, témoin,  juge et bourreau.

Le champion toutes catégories dans le mélange des genres reste Edwy Plenel, grosse moustache et petite cervelle. Ce moustachu hargneux et très limité, ceci expliquant cela,  se fait une gloire de son emploi de petit télégraphiste. Il croit rédiger ses papiers, mais des gens bien plus malins que lui guident sa plume. Comme un toutou bien dressé, Plenel fait là où ses maîtres lui disent de faire. En plus, il y a des pigeons pour acheter la marchandise. Pourquoi se géner ?

L’actualité permet de rester à la surface des choses. Ne creusons rien, cela fatiguerait le lecteur ou le spectateur, et d’ailleurs nous n’en avons pas le temps matériel. Ensuite, on passe à autre chose. Après un massacre, un accident d’avion. Après un gaspillage des fonctionnaires, une épidémie. Après le dernier cafouillage d’un ministre, une vraie guerre.

Tournez manèges !

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A propos Le Rabouilleur

Les affaires et les sciences : telles sont mes deux occupations. Devise : nous n'irons pas à Canossa ! ni à Chicago !
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