De l’art ou du cochon ?

M. Christophe Servan a écrit un robuste article sur le site Boulevard Voltaire à propos de l’inauguration du Musée Soulages à Rodez disponible ici :

http://www.bvoltaire.fr/christopheservan/soulages-lart-contemporain-juste-bon-faire-largent,86908

Ce billet décrit si bien le problème de cette imposture picturale que je me sens obligé d’ajouter mon grain de sel, et d’essayer de dégager une logique de la fumisterie contemporaine.

Un vieux rigolo peint des toiles en noir : rien d’exceptionnel. Là où l’affaire devient intéressante, c’est qu’il existe des pigeons pour acheter ses élucubrations faciles à des prix astronomiques. Si les pigeons ne sortaient pas leur carnet de chèque, ce farceur de Soulages ne serait que l’auteur de multiples versions de l’indépassable « Combat de nègres dans un tunnel », un très, très vieux classique, inventé par l’immortel Alphonse Allais. Personne n’en parlerait, à part en page 7 de l’Écho des Causses, une pigiste payée au SMIC.

Je n’ai nullement l’intention de me lancer dans une discussion sur la nature du beau, avec une comparaison raisonnée entre la naissance de Vénus de Botticelli et Les Fusillades du 3 mai 1808, par Francisco Goya. Les seules questions qui m’interpellent dans cette histoire : Qui achètent ces couillonnades ? Et pourquoi ?

Comme toujours, il y a deux espèces d’acheteurs, les privés et les publics. Passons sur les acheteurs publics, qui ne font que du suivisme. Les ponctionnaires du Ministère de l’Inculture apparaissent comme des moutons de Panurge, nullement comme des « trend-setters », des faiseurs de mode.

Il faut donc étudier les acheteurs privés de ces artefacts dits con-temporains. En France, c’est le milliardaire breton François Pinault qui se trouve en tête de gondole dans le rayon des Mécènes. Ce brillant autodidacte a fait fortune dans différents secteurs de l’économie. Très bien pour lui, mais visiblement il souffre d’un manque de reconnaissance.

A quoi ça sert d’avoir du pognon, si la reconnaissance ne suit pas ?

Le problème est universel, puisque Bill Gates de Microsoft claque sa fortune dans d’improbables recherches médicales. Avec les charlatans étazuniens, on lui souhaite bonne chance à Bill, mais son cas semble désespéré. Bill est bien moins inspiré que Rockefeller, qui finança le Rockefeller Institute of Biochemistry (RIB), où fut découvert le ribose, composant de l’ADN et l’ARN. Différence substantielle : les biochimistes sont des scientifiques, les médecins, des empiriques.

Monsieur Pinault se montre bien plus raisonnable que Bill Gates, sans doute grâce à l’influence bénéfique de sa seconde épouse : il investit son argent dans l’art con-temporain, allant jusqu’à acheter un palais de Venise pour abriter sa collection de farces et attrapes.

Notre milliardaire a atteint son objectif : on cause de lui dans les média pour autre chose que des histoires de business, et même en bien.
Avouez que la respectabilité vaut bien quelques dizaines de millions d’euros. Par contre, la stratégie patrimoniale laisse à désirer; les bricolages d’un Jeff Koons vieilliront très mal.

On ne peut pas tout avoir !

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A propos Le Rabouilleur

Les affaires et les sciences : telles sont mes deux occupations. Devise : nous n'irons pas à Canossa ! ni à Chicago !
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