Économie : l’effet de levier

Cours de finance

Un ex-ministre des phynances de la République Française, ex-dirigeant du Faux-Monnayeur-International  (FMI), et ancien professeur d’économie en Faculté avait placé une grosse partie de son patrimoine personnel dans une société qui finit dans une banqueroute retentissante en novembre 2014.
Cet expert mondialement connu, tant en économie qu’en soubrettes soumises, reconverti depuis dans le conseil aux gouvernants, a déclaré à la presse que la mort subite de ses économies personnelles, ainsi que celle de son associé, provenaient d’un niveau de dette excessif de cette société où il avait investi son petit magot. La question qui vient alors à l’esprit est la suivante :
A quoi reconnait-on une dette excessive pour une entreprise ?

Pour tenter de répondre à cette question, il va falloir jouer au Décrypteur, dans le style de l’Immonde.
On va faire du fact-checking(1), Coco !
En plus, l’explication aura un petit coté instructif sur les mécanismes financiers. Pour un énarque banquier, comme Jean-Yves Haberer, l’artiste décadent du naufrage du Crédit Lyonnais, ou Emmanuel Micron, le mécano de chez Rothschild, l’exercice de haute voltige intellectuelle qui va suivre s’appelle de la mathématique financière. En réalité, cet exercice ne fait appel qu’aux 4 opérations de l’arithmétique (+, -, *, /) et aurait sa place dans une classe de 3e. Pour rassurer les allergiques au calcul, l’abominable règle de 3 n’est même pas utilisée.

Les données du problème :

Vous avez une idée d’entreprise que vous pensez rentable. Pour mettre sur pied cette entreprise, il faut 100.000 euros qui serviront à acheter du matériel, des stocks, et à faire crédit aux clients. Vous disposez de 100.000 euros d’économie qui vous permettent de lancer votre entreprise, et au bout d’un an d’existence, la société a fait un bénéfice de 10.000 euros, qui vous revient entièrement comme vous êtes le seul propriétaire.
La rentabilité de vos économies sur la période a donc été de (10.000/100.000) = 10%
Dans ce premier cas de figure, vous n’avez contracté aucune dette. Les 100.000 euros constituent le capital, appelé aussi fonds propres, un nom qui fait bondir tous les Rouges, puisque la Propriété c’est le Vol, et le Kapital, l’horreur absolue.

L’endettement et l’effet de levier :

Maintenant, on peut changer la situation : au lieu d’avoir 100.000 euros d’économie, vous n’en avez plus que 50.000. Vous trouvez un banquier qui vous prête les 50.000 restant au taux de 5% l’an, remboursable en totalité après 10 ans. Au bout d’un an, la société dégage toujours les 10.000 euros de bénéfice, mais cette fois vous devez rembourser au banquier les intérêts sur les 50.000 euros qu’il vous a prêtés. soit : 50.000 * 5/100 = 2.500 euros

Vous n’empocherez donc que 10.000 – 2.500 = 7.500.
Dans ce nouveau cas, la rentabilité de vos économies sur la période a donc été de (7.500/50.000) = 15%

Vous constatez donc que vos économies sont plus rentables, 15% au lieu de 10% précédemment. Comme on le voit, l’explication est basique : vous faites des dettes à 5% et l’argent de l’emprunt vous rapporte du 10%. L’augmentation de la rentabilité par l’utilisation de l’endettement s’appelle l’effet de levier. On peut pousser le raisonnement encore plus loin en ne mettant que 10.000 euros de ses économies et en empruntant les 90.000 euros à un banquier amateur, et la rentabilité sera encore plus élevée. Alors, quel est le bon mélange entre vos économies et vos dettes ? Aucune réponse n’est évidente, tant que vous n’avez pas évalué les inconvénients de la situation, inconvénients qui se manifestent quand la conjoncture se retourne et que vous allez découvrir l’effet de massue, le petit frère de l’effet de levier.

Le retournement et l’effet de massue :

Après une première année où les affaires ont été florissantes, la conjoncture se retourne dans la deuxième année, et votre entreprise termine cette deuxième année avec un bénéfice nul, soit 0(zéro) euro.

Dans le premier cas, où vous n’avez aucune dette, la rentabilité de vos économies est de 0/100.000 = 0% (la tête à Toto)

Dans le second cas, où vous avez emprunté la moitié du capital, vous devez toujours rembourser les 2.500 euros d’intérêts. La rentabilité de vos économies est de -2.500/50.000 = -5%. rentabilité négative.

Morale de l’histoire : quand la rentabilité du capital devient inférieur au taux de l’emprunt, vous êtes assez mal, encore plus mal que si vous n’aviez pas emprunté. Vous prenez un coup de massue et la dette vous enfonce. Même un banquier amateur, comme un inspecteur des phynances du niveau crapoteux d’Alain-la-Science, sait détecter ces situations. La banquier va alors prendre peur, et quand un banquier a peur, il a pour habitude de serrer le kiki de son client, ce qui rajoute à la confusion ambiante.

En conclusion, le bon niveau d’endettement d’un entrepreneur correspond au niveau qui permet à l’entrepreneur d’envoyer le banquier chez les Grecs, ces bons clients des banques, quand les choses ne se passent pas comme prévues. Vous conviendrez qu’il est donc difficile de donner une valeur chiffrée. En tout cas, quand la rentabilité de l’entreprise est nulle, ou pire, négative à cause d’investissements désastreux, n’importe quel niveau de dettes est excessif. Voilà du fact-checking !

Après ces petits calculs élémentaires d’un praticien, l’apport des théoriciens nous conduit à une généralisation féconde. Les grands cerveaux des fonctionnaires de l’EHESS ont étudié l’effet de levier, aboutissant à la formule fondamentale, dite inégalité de Micketty :

r > i

où r désigne la rentabilité et i le taux d’intérêt.
Le lecteur de gauche s’indignera à juste titre : il y a des inégalités économiques. Que fait le gouvernement ?
Ensuite, une étude historique de ces chercheurs en Sciences Sociales sur 4 siècles, résumée dans un opuscule de 500 pages, a permis de démontrer que :
1/quand r > i, l’entreprise est une bonne affaire.
2/les bonnes affaires ne courent pas les rues.
3/les bonnes affaires ne sont presque jamais (au sens de la mesure de Lebesgue) à vendre.

Heureux contribuables(2), soyez contents ! Avec l’EHESS, vos impôts permettent à la connaissance économique de progresser ! Vive le Progrès !
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Note 1 : désolé pour l’anglicisme qui se traduit par vérification des faits.
Note 2 : décalqué de Tex Avery : happy taxpayer

le guépard

Le guépard de Visconti

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A propos Le Rabouilleur

Les affaires et les sciences : telles sont mes deux occupations. Devise : nous n'irons pas à Canossa ! ni à Chicago !
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