Les liaisons dangereuses

Dans les airs

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Les liaisons dangereuses

La Vie en Rose-Monde

Analyse littéraire du roman « Les liaisons dangereuses »

Ce soir, mardi 17 mars 2015, la stupide boite à images diffuse l’excellent film de Stephen Frears « les liaisons dangereuses », tiré du roman éponyme de Choderlos de Laclos. (distribution de rêve : John Malkovich, Michelle Pfeiffer, Glenn Close, Keanu Reeves, Uma Thurman, etc ..)
Comme Laclos était un artilleur, comme Buonaparte, Ferdinand Foch, Sully (grand maistre de l’Artillerie), et le Rabouilleur, il ne sera pas ici l’objet d’un tir de contre-batterie.
Cependant, comme les autres œuvres de Laclos n’ont pas particulièrement brillé par leur éclat, et que cette œuvre littéraire découvre les profondeurs du psychisme féminin torturé et intrinsèquement contradictoire avec beaucoup de justesse, la seule conclusion logique qui s’impose au Rabouilleur est la suivante :
Dans ce chef d’œuvre littéraire, Laclos n’a été qu’un prête-nom, et le véritable auteur était une femelle, une belle et grande salope, qui avait bien vécu, et donc tout compris à la vie.

Les sots, ou les esprits forts, ce qui revient au même, prennent ce roman épistolaire pour un chef d’œuvre de l’immoralité. C’est précisément l’opposé. Un libertin se prend les pieds dans le tapis de ses désirs et passe à côté de l’amour de sa vie par pure vanité. Cet idiot en meurt.
Une histoire totalement morale, mais les crétins, comme Vadim, n’y ont vu que du feu.

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Tentative de justification de l’hypothèse d’un auteur féminin :

A/ Le roman psychologique :
Depuis Madame de La Fayette jusqu’à Françoise Sagan, en passant par Jane Austeen et Barbara Cartland, le roman psychologique constitue la spécialité féminine par excellence. Écrit par des femmes et lu par des femmes. A la longue, cette petite musique donne mal au cœur, et le Rabouilleur en éprouve la nausée. Il va donc s’employer à faire passer ce petit malaise.

B/ Le genre des Liaisons dangereuses :
C’est un roman par lettres qui racontent des subterfuges, des manipulations, des manigances, quelques coucheries, et surtout beaucoup de bavardages, verbaux et écrits. En gros, toutes les scènes se passent dans un gynécée, ou plutôt une volière où trois générations de bonnes femmes jacassent. Arrivent dans la volière deux mâles, un Don Juan de sous-préfecture doré sur tranche et un jeune niais désargenté. Il advient ce qui se passe en pareil cas : du sexe, et plus si affinités. A la fin, le niais embroche Don Juan, mais hors champ, pour ne pas choquer les lecteurs, ou trop exciter ces dames. Tous les personnages finissent mal, sauf une vieille tante. Il n’y a strictement aucune action dans ce roman, qui n’a rien de bien viril, en dehors du plan sexuel. C’est donc un exemple abouti de roman psychologique.

C/ Personnalité de Laclos :
Laclos exerçait le métier d’officier d’artillerie, puis de professeur et d’ingénieur. De physique ingrat, sans fortune, il fut un bon mari et un bon père d’après sa biographie, soit l’exact opposé d’un Don Juan de sous-préfecture. Il a eu quelques velléités littéraires, mais sans succès. Les ingénieurs ne sont pas doués pour les Lettres. S’ils écrivent, leurs ouvrages sont généralement des exposés techniques, des mémoires historiques, des essais politiques déconnectés de la réalité, des pochades comme celles de Boris Vian. Par contre, si on envisage la personnalité de Laclos sous l’angle de la loyauté, on peut le considérer comme un homme fiable, et capable de garder un secret.

Additionnez A + B + C => vous êtes assez tenté de conclure à l’écriture de ce roman par une femme, qui aurait transmis son ouvrage à Laclos, à charge pour lui de le publier. La femme désirait rester anonyme pour préserver la réputation de sa famille, l’ouvrage étant un peu olé-olé, et Laclos y a gagné une belle célébrité.

Admettons cette hypothèse, et cherchons des éléments supplémentaires pour l’étayer. Dans leurs romans, les femmes se mettent toujours en scène dans un personnage, elles aiment bien cela. Comme le roman décrit des manigances élaborées, il a forcément été écrit par une femme d’expérience. La marquise de Merteuil pourrait être envisagé comme incarnation de l’auteur. Mais le personnage n’attire pas la sympathie; il ne peut donc convenir. On déplace le curseur vers un personnage plus âgé, et on tombe sur la vieille tante, la très suave Madame de Rosemonde.
Ah Tatie ! un personnage bienveillant, qui regarde tout ce petit monde s’agiter, sans intervenir. Si ce n’est point l’auteur, c’est rudement bien imité.
Tatie, on t’a reconnu dans le tableau.

Si l’auteur est cette vieille femme, on comprend mieux la structure de l’œuvre qui serait une manière d’autobiographie trafiquée.

Trois personnages féminins s’échelonnent en âge : la jeune fille naïve, la femme mariée, puis la veuve très joyeuse. Tatie nous raconterait sa vie par une sorte de contraction temporelle.

Et si c’est le cas, que voyons nous ? Une jeune fille découvre le sexe et les sentiments, puis se marie avec un raseur absent, fait avec lui un enfant qui tombe gravement malade au moment où elle se trouve bêtement amoureuse d’un Don Juan qui la jette, ce dont elle pense mourir, et décide ensuite de se venger sur cet homme pendant son veuvage. Se retrouvant seule à la campagne après ce meurtre par personne interposée, elle transfère son affection sur son seul parent, son neveu, mais celui-ci meurt dans un duel. Une histoire tragique et cruelle, mais très bien écrite. Les quatre personnages féminins ne seraient donc que les avatars d’une seule et même personne aux différentes étapes de sa vie.
Le roman se passe dans un château et à Paris, mais il pourrait aussi bien se passer dans un bourg du Bas-Berry. L’histoire est universelle, d’où son succès, dans le temps et dans l’espace.
Mais la tonalité générale est bien celle d’une sourde désespérance. On touche au drame de sa vie : elle n’a jamais été grand-mère, et elle tourne en rond dans sa vieillesse, cherchant un vain réconfort dans un passé amoureux, depuis longtemps révolu, et totalement ambivalent, car le désir de vengeance n’exclut pas l’amour chez les femmes.
La finalité du sexe reste quand même la transmission de la Vie (élémentaire, mon cher Watson).
De ce point de vue, ce roman résonne comme un cri de désespoir, l’affection ne trouvant nul objet où se reporter. Cette femme, seule survivante des siens, se retrouve confrontée à la solitude, à la stérilité, et au néant final, perspective glaçante, et recherche une explication à ce désastre : les mauvaises rencontres qui se transforment en liaisons dangereuses au fil du temps.

Faux scandale :
Ce livre possède une réputation sulfureuse, parce qu’il explique en substance que les hommes sont des salauds ou des niais, et les femmes des salopes, sauf quand elles sont amoureuses, et qu’alors elles souffrent.
Toutes choses que l’on savait déjà.
Cependant, hurlements dans les chaumières devant une telle description, car le tableau n’est que trop véridique, et qu’il ne devrait pas être mis sous les yeux des innocents. Après tout, cet ouvrage est seulement aussi cruel que du Maupassant, ce grand conteur Normand.

Une antidote au bovarysme :
Les liaisons dangereuses constituent l’antidote le plus puissant contre le bovarysme. Madame Bovary, c’est un roman-photo sans photo. Madame vit dans un rêve, et les huissiers finissent par débarquer. C’est logique, car la vie ne ressemble nullement à un roman-photo, même si on voudrait bien y croire.

Casanova et Don Juan :
Les Mémoires de Casanova sont contemporaines des Liaisons dangereuses et traitent aussi du thème de la séduction. Ces Mémoires sont un chef d’œuvre de la Littérature française et de la résilience. Maintes fois, Casanova retombe au bas de l’échelle sociale et se relève à chaque fois grâce aux femmes. Par contraste, Don Juan, le grand seigneur, est né et demeure en haut de la pyramide sociale. Du fait de cette position dans la hiérarchie de la société, il lui est facile de séduire des femmes de condition inférieure, sans grand mérite, là où Casanova ne peut compter que sur ses seuls talents personnels, à savoir sa bite et son couteau. Grâce à son fameux couteau, Casanova restera pour la postérité le seul homme à s’être jamais évadé de la terrible prison des Plombs de Venise. Le pauvre Casanova connait une mésaventure récurrente et peu glorieuse, qui n’apparait qu’en filigrane : quand ses affaires se portent mal, il utilise ses dernières économies pour se payer une pute, histoire de se réconforter. Malheureusement pour lui, la pute lui refile une maladie vénérienne, et il se retrouve encore plus enfoncé dans les SOUCIS.
Une des clés des Liaisons dangereuses se trouve dans ce constat : autant un lecteur masculin se projette facilement dans les Mémoires de Casanova, autant cela est impossible avec Les Liaisons dangereuses, qui décrivent pourtant le même thème de la séduction, dans la même société, au même moment historique.
Milos Forman, dans son film Valmont (1989), s’est approché de la vérité sans la deviner. Pour contourner l’ambivalence substantielle du roman, il s’est retrouvé obligé de tordre le personnage de Valmont, qui, de Don Juan, ou plutôt Gercourt, se transforme en un sympathique Casanova. Il ne pouvait d’ailleurs faire autrement. Car tout le roman ressasse la vieille complainte féminine : c’était un salaud, mais je l’avais dans la peau. Mais, logiquement, un salaud fait un mauvais héros de film(1), donc, adieu la recette !

Conclusion :
Comme ces Liaisons dangereuses pourraient bien avoir été écrites par une vieille femme désespérée, il faut terminer sur une note optimiste. Pour ce faire, il suffit de penser à l’épouse de Michel de Montaigne. Montaigne, héritier sensuel, diplomate raté, grand touriste, était le genre de zigoto qui vous explique que il n’y a point de Science, ce qui vous donne le niveau du penseur, personnage justement détesté par ce grand homme de Blaise Pascal, à qui il a inspiré cette belle pensée : le Moi est haïssable. Pendant que ce fameux fils à papa de Montaigne écrivait ses élucubrations dans sa tour, c’était Madame qui faisait tourner la boutique. Madame faisait cela très bien, et n’a pas perdu son temps à écrire un ouvrage d’économie domestique. Une grande dame !
Et dans la sinistre affaire du Mediator, c’est encore une dame qui a arrêté le massacre, alors que tous les hommes avaient capitulé. Et c’est un homme qui vous l’écrit.

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Note 1 :
Cette remarque s’applique également à des correspondances d’un sauteur de haies avec une conservatrice de musée. Cette mère célibataire aurait mieux fait d’y réfléchir à deux fois avant d’étaler des platitudes et de petits collages sur la place publique.

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A propos Le Rabouilleur

Les affaires et les sciences : telles sont mes deux occupations. Devise : nous n'irons pas à Canossa ! ni à Chicago !
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