Facétie

Moenia pando

Le Cancer

La fabrique du Cancre

Dans une classe d’école, vous trouvez deux catégories de personnes : un enseignant sur une estrade, et des élèves au pied de l’estrade.
L’enseignant tient un discours à ses élèves : c’est un émetteur de messages.
Les élèves doivent se taire : ce sont des récepteurs des messages émis par le prof.; les messages pouvant être vrais ou faux, utiles ou inutiles, ennuyeux ou stimulants, difficiles ou aisés à comprendre.
La population des élèves se divise elle-même en deux catégories : les moutons et les Cancres.
Les moutons écoutent le prof et approuvent ou rejettent ses messages. Les moutons qui approuvent les messages du prof sont des fayots, et les moutons qui contestent ces messages sont des rebelles.
Les Cancres n’approuvent, ni ne contestent, car ils se contentent d’observer la classe et le prof, et surtout, ils s’ennuient en classe, lieu d’enfermement.
Aussi, le Cancre est toujours assis au fond de la classe, et près de la fenêtre, et non du radiateur, comme le colporte une légende urbaine et fausse. En effet, la place près de la fenêtre permet d’observer simultanément le monde extérieur, l’endroit où il se passe des choses vraiment intéressantes, et le microcosme de la classe, un milieu qui peut générer des ennuis au Cancre.
Évidemment, le prof a repéré le manège du Cancre qui ne s’intéresse pas à son discours. Le prof essaie de piéger le Cancre avec la question-bateau :
« Machin, vous ne suivez pas ! pouvez-vous répéter ce que je viens de dire ? »
Aussi, le Cancre est obligé de fournir un double travail. D’une part, il doit écouter le discours du prof par les oreilles pour ne pas se faire piéger, et d’autre part, il doit observer son biotope avec les yeux pour ne pas s’ennuyer, et recueillir des informations vraiment utiles, par exemple :

  • Aujourd’hui, la prof a une mine de déterrée. Elle a le teint encore plus jaune que d’habitude : problème hépatique, de toute évidence. D’ailleurs, après un quart d’heure de cours, elle n’a pas même pas essayé de nous saouler avec une de ses cinq vieilles recettes habituelles  : leçon de vie, intimidation, devinette, provocation ou enfumage. Il faudra être raisonnablement méchant avec elle, sinon la pauvrette va craquer.
  • Tiens, tiens ! Tartemol n’arrête pas de se moucher. Il doit couver une maladie. Mieux vaudra l’éviter pendant la récré pour ne pas attraper son vilain virus.
  • Les marronniers de la cour bourgeonnent. Les vacances se rapprochent. La petite virée chez mon copain dans les Vosges (88)  fera le plus grand bien.
  • La petite Gisquette ne veut pas m’inviter à sa super-soirée de samedi prochain, parce que je me refuse d’être un de ses esclaves. Pas de problème ! Rira bien, qui rira le dernier ! Je vais la bombarder avec des morceaux de gomme en utilisant mon élastique. Feu à volonté ! Bien visé : Gisquette est toute colère. Cette insondable nullité se met à glapir sans retenue  :
    « C’est odieux ! c’est trop odieux  ! ».
    Objectif atteint !
Mi-ange, mi-démon ; la Reine de la Nuit

l’insupportable Gisquette : mi-ange, mi-démon.

Ainsi, le Cancre doit fournir pendant la classe deux fois plus d’énergie que les autres élèves. Comble du comble, les moutons insistent toujours pour que le Cancre devienne chef de classe, puisqu’il est déjà fâché avec le prof, ce que le Cancre refuse, bien sûr. Les gens superficiels en déduisent que le Cancre évite les problèmes, ce qui est grossièrement faux. En effet, le Cancre cerne parfaitement le problème du choix d’un meneur, et il en déduit qu’il n’existe que deux solutions : manipuler une marionnette ou s’y coller en personne, et que la meilleure des solutions émergera en laissant pourrir le problème, tout simplement et naturellement !
Vivre et laisser pourrir : voilà la seule devise du Cancre ! (live and let rot, en anglais)
Quant au  prof, s’il n’est pas un Super-Prof, comme un certain JPB, il utilise le Cancre comme repoussoir pour motiver ses petits moutons. On trouve ici la fonction sociale du Cancre.

En effet, le, ou la prof (respectons la parité !), se sert du Cancre pour tenir ce discours aux moutons :
Regardez bien le Cancre !
Il refuse de marcher dans ma combine, et il ne lui arrive que des avanies.
Prenez-en de la graine !

Vivement les grandes vacances !

Conclusion :
Aristote dixit : J’aime Platon mais j’aime encore mieux la vérité.
Il est impossible de supprimer l’école à cause des mauvais profs comme Platon, comme il est impossible de supprimer la Justice à cause des erreurs judiciaires, ou de supprimer la médecine à cause des erreurs médicales, générées par tous ces crapoteux suppôts d’Hippocrate, et ceci depuis la Nuit des Temps. Il faudra donc se contenter d’un pis-aller :
limiter la casse humaine,
car il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent jamais.

Signé :
un ancien Cancre.

Date de rédaction : le 18 avril 2016.
Mises à jour : le 25 juin 2016 / le 4 juillet 2016
Copyright : Le Rabouilleur, reproduction interdite sans autorisation authentique.

Post-scriptum :

1/les deux plus grands profs de l’antiquité grecque, Socrate et Aristote, n’ont jamais rédigé aucun enseignement écrit. Toutes leurs leçons ont été transcrites par leurs élèves, et on peut se demander si les élèves avaient bien compris ces leçons, l’élève le plus connu de Socrate étant Platon, et celui d’Aristote, Alexandre de Macédoine. Mais il faut se méfier des légendes urbaines. Ainsi l’élève le plus doué de Socrate apparait bien être Xénophon, homme de guerre et de grande sagesse (430 – 355 avant J-C), fameux chef des Dix-Mille mercenaires grecs traversant des territoires hostiles pour retrouver leur patrie.

2/le roman berrichon par excellence, Le Grand Meaulnes, raconte l’histoire d’un fayot désargenté : le pauvre malheureux se fait éconduire par l’objet de son Amour, et s’étonne de son éconduite. Il n’avait pas compris que les femmes recherchent avant tout la sécurité, matérielle et peut-être affective, et quand elles ont trouvé la sécurité, les femmes s’ennuient, comme Madame Bovary.
Une éternelle histoire ! ou Never-Ending Story en anglais.

foudre

La foudre

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